C'est à travers un point de presse donné le 10 août 2026 que le promoteur de la bourse du livre Ferdinand Nana Payong a présenté les contours de la célébration des 35 ans d'existence de cette belle initiative au service des plus vulnérables.
Dans sa prise de parole, Ferdinand Nana Payong a soulevé les quatre (4) points clés de son intervention.
La logique du marché : 80 % à Yaoundé et Douala
"Quatre-vingt pour cent du marché, ça veut pas dire que c'est quatre-vingt pour cent de la population du Cameroun. Mais c'est quatre-vingt pour cent de gens solvables. Les entreprises se concentrent à Yaoundé et Douala parce que c’est là qu’il y a le pouvoir d’achat. Mais le reste du Cameroun est laissé de côté."
La différence entre le livre et le manuel scolaire
Nana Payong explique : «Le livre est libre. Tu l’écris, tu l’assumes. S'il y a un problème, on te porte plainte. Le manuel scolaire contraint. Il doit obligatoirement correspondre au programme/curriculum du MINEDUB ou du MINESEC pour être validé. Donc l’éditeur de manuel scolaire n’est pas libre. Il répond à une commande de l’État. Son projet : élargir le marché pour gagner quatre fois plus. Il dit aux éditeurs qu’en élargissant les espaces de marché, on peut arriver à gagner quatre fois plus d'argent.»
Au lieu de vendre 8 000 livres sur 10 000 seulement à Yaoundé et Douala, il faut aller chercher les enfants de Bambili, Yoko et autres localités. On peut avoir des solutions pour que le petit Camerounais qui est à Bambili ou à Yoko, se sente concerné par les histoires du Cameroun au même titre que celui qui est à Yaoundé ou à Douala. Il salue les pouvoirs publics qui ont mis huit ans à comprendre cette logique. Le lien avec la bourse du livre : c’est exactement l’esprit de la bourse du livre qu’il a lancée au début des années 90. Décentraliser l’accès au manuel scolaire, faire en sorte que même l’enfant qui n’a pas les moyens puisse acheter/revendre un manuel à prix réduit. Pour Nana Payong, si on veut sauver le livre et le manuel scolaire au Cameroun, il faut arrêter de penser seulement Yaoundé-Douala et aller chercher le marché dans tout le pays.
Le constat : l’inégalité dans les classes.
Il dénonce qu'on mette des uniformes pour que tous soient égaux, mais 20 élèves sur 70 ont des livres. Pour lui, c’est une inégalité intolérable. À cause du coût, les parents n’achètent que les livres essentiels (maths, français, anglais, PC, SVT).
L’image forte : les sacs en plastique à l’Extrême-Nord
A Gogo, au Bec de Canard, à l'Extrême-Nord, près de Goulfey, les enfants vont à l'école avec comme cartable des sacs en plastique. A la frontière avec la RCA, il existe des classes de soixante élèves où même l'enseignant n'a pas de livre. Il montre que le problème touche même les enseignants dans les zones frontalières. Il s'est montré reconnaissant envers les pouvoirs publics pour les 52 enquêteurs qui permis la collecte d'informations dans les quatre coins du territoire, même dans les coins les plus hostiles.
Sa mission : être témoin d’un changement
Il a invité éditeurs, parents, enseignants, universitaires, politiques, toutes les catégories socioprofessionnelles : «J'ai besoin de vous pour être les témoins. J'ai besoin de vous pour être les scrutateurs.» Pour lui, ce qui s’apprête à arriver, c’est n'est pas loin d'un tremblement de terre dans le domaine du livre.
L’avertissement : Il s’attend à la haine
«Je vais être confronté à de la haine, à de l'inquiétude, parce que les gens ne comprennent pas», dit-il. Il se rappelle de 1991 quand il a lancé la bourse du livre. Il a déjà vécu ça : «Jeune, avec tout mon avenir devant moi, j'ai a été combattu.» Pour Nana Payong, le livre doit cesser d’être un luxe. Son "tremblement de terre" est pour rendre le livre accessible à tous, partout au Cameroun, même dans les zones les plus enclavées. Pour que le petit de Goulfey ait les mêmes chances que celui de Yaoundé. C’est exactement la continuité de la bourse du livre qu’il a créée en 1991 pour casser les inégalités d’accès.
Le Djeuga abritera le 11 août 2026, dès 17h une soirée spéciale sur des thématiques liées au livre, avec plusieurs panelistes comme le Pr Onguéné, Pr Fomen spécialiste en technologie de l'éducation et présidente d'association, Alain Belibi, Sheta Bilé.




