Du 27 juillet au 5 août 2026, le musée national de Yaoundé a vibré au rythme de la neuvième édition du Salon international de l’artisanat du Cameroun (SIARC). Placé sous le très haut patronage du président de la République, Paul BIYA, et organisé par le ministère des petites et moyennes Entreprises, de l’Économie sociale et de l’Artisanat (MINPMEESA), le rendez-vous a réuni 665 artisans, dont 600 nationaux et 65 venus de neuf pays étrangers. Plus de 20 000 visiteurs ont franchi les portes du Salon, confirmant l’attractivité croissante d’un événement désormais inscrit parmi les grandes plateformes de promotion de l’artisanat africain.
Dix jours pour faire dialoguer tradition et modernité
« Entre tradition et modernité : comment stimuler l’innovation artisanale ? » : le thème de cette neuvième édition résumait à lui seul l’ambition du SIARC 2026. Il ne s’agissait plus seulement de célébrer les savoir-faire ancestraux, mais de démontrer que l’artisanat peut devenir un véritable levier de transformation économique, d’innovation, d’emploi, d’inclusion et de rayonnement international.
Durant dix jours, le musée national de Yaoundé s’est transformé en une véritable vitrine du génie créatif camerounais et africain. Expositions-ventes, conférences scientifiques, ateliers pratiques, démonstrations, rencontres B2B, espaces de formalisation, pavillon de l’innovation, journées culturelles et patrimoniales ont permis de rapprocher artisans, consommateurs, acheteurs professionnels, investisseurs, administrations, partenaires techniques et financiers, chercheurs et acteurs de la création.
La présence de neuf pays étrangers (Algérie, Côte d’Ivoire, Sénégal, Mali, Djibouti, Bénin, Maroc, République du Congo et République centrafricaine) aux côtés du Cameroun, a donné au SIARC une dimension véritablement internationale. Elle a surtout permis de renforcer les échanges Sud-Sud et de positionner l’artisanat comme un instrument de coopération et de diplomatie économique.
Un succès populaire et institutionnel
La forte affluence enregistrée pendant le Salon constitue l’un des indicateurs les plus visibles de son succès. Plus de 20 000 visiteurs ont découvert les produits, les métiers et les innovations présentés par les artisans.
L’ouverture officielle, présidée par Joseph Dion Ngute, Premier ministre, chef du gouvernement, représentant personnel du chef de l’État, avait donné le ton d’une manifestation placée au plus haut niveau de l’agenda national. La participation de membres du gouvernement, de représentants du corps diplomatique, de partenaires internationaux, d’élus locaux, de chefs traditionnels et d’opérateurs économiques a confirmé l’importance accordée par les pouvoirs publics à la transformation du secteur artisanal.
La participation de l’Algérie et de la Côte d’Ivoire, pays invités d’honneur, a constitué l’un des temps forts de cette édition. Le SIARC a ainsi dépassé le cadre d’une simple exposition pour devenir un espace de rapprochement entre les économies et les cultures africaines. La désignation du Cameroun comme pays invité d’honneur, aux côtés de l’Algérie, à la 7ᵉ édition du Marché ivoirien de l’artisanat (MIVA), prévue en 2027 à Abidjan, est venue consacrer cette dynamique de coopération et témoigne de la reconnaissance croissante du savoir-faire artisanal camerounais sur la scène africaine.
Gabriel Tegnoto, symbole de l’excellence artisanale camerounaise
Au terme de cette édition, une figure s’est particulièrement distinguée : Gabriel Tegnoto, artisan de la région du Centre, lauréat du Prix spécial du président de la République. Cette distinction constitue une reconnaissance de l’excellence, de la créativité et du potentiel de transformation de l’artisanat camerounais. Elle met également en lumière les artisans qui, au quotidien, perpétuent les savoir-faire tout en les adaptant aux exigences du marché contemporain.
À travers ce prix, le SIARC rappelle que l’artisan n’est pas seulement un détenteur de traditions. Il est également un acteur économique, un créateur de valeur, un entrepreneur et un ambassadeur du Made in Cameroon.
Les dix régions à l’honneur
Autre innovation majeure de cette édition : les Journées patrimoniales consacrées aux dix régions du Cameroun.
Elles ont permis de mettre en scène la diversité des patrimoines, des savoir-faire, des expressions artistiques, de la gastronomie, de la mode et des traditions du pays. Au-delà de leur dimension culturelle, ces journées ont contribué à renforcer la cohésion nationale et à montrer la richesse des territoires comme source d’opportunités économiques.
Le SIARC 2026 aura ainsi réussi à conjuguer patrimoine et développement, en démontrant que la valorisation des identités territoriales peut également contribuer à l’attractivité touristique, à la création d’emplois et au développement des économies locales.
De la tradition à l’innovation
L’un des principaux enseignements de cette édition réside dans la nécessité de faire évoluer l’artisanat, de la logique de subsistance vers celle d’un entrepreneuriat artisanal moderne, structuré et compétitif. Les travaux scientifiques et les ateliers pratiques ont notamment porté sur la préservation et la transmission des savoir-faire, le design et l’innovation, l’accès au financement, la propriété intellectuelle, la certification et la normalisation, la jeunesse, le marketing numérique et l’accès aux marchés.
La digitalisation a occupé une place importante avec la sensibilisation des artisans à l’e-commerce, au marketing digital, au design assisté par ordinateur et aux nouveaux outils technologiques, y compris l’intelligence artificielle.
La création d’une boutique souvenir du SIARC, destinée à assurer une meilleure visibilité aux produits artisanaux, s’inscrit également dans cette volonté de rapprocher la production artisanale des consommateurs et des marchés.
Des recommandations pour passer de la réflexion à l’action
Le succès du SIARC 2026 ne se mesure toutefois pas uniquement à l’affluence ou à la qualité des expositions. Il se mesure aussi à la capacité du Salon à produire une feuille de route pour l’avenir de l’artisanat camerounais.
À l’issue des travaux de la Commission scientifique, plusieurs recommandations fortes ont été formulées à l’endroit du gouvernement, des collectivités territoriales décentralisées, des partenaires techniques et financiers, des organisations spécialisées, des chefferies traditionnelles ainsi que des artisans eux-mêmes.
Pour le MINPMEESA, il est notamment recommandé de renforcer l’accompagnement des artisans vers la normalisation et la certification, de mettre en place un système national de labellisation garantissant l’authenticité et la traçabilité des produits, et de moderniser les villages artisanaux afin d’en faire de véritables hubs de formation, de production, d’innovation et de commercialisation.
Le développement de foires spécialisées, de missions économiques et de dispositifs de promotion à l’international devra également permettre d’améliorer l’accès des produits camerounais aux marchés mondiaux. Le financement de l’innovation artisanale apparaît comme une autre priorité. La mise en place d’un fonds dédié, de mécanismes de garantie et de lignes de financement adaptées est préconisée afin de permettre aux artisans d’investir dans les équipements, les matériaux, le design, le packaging et la modernisation de leurs unités de production.
La formation professionnelle, la certification des compétences et la transformation numérique constituent également des axes majeurs. L’objectif est de permettre aux jeunes artisans de maîtriser les nouveaux outils de conception, de commercialisation et de communication, tout en préservant l’authenticité des savoir-faire.
La propriété intellectuelle au cœur de la compétitivité
Le SIARC 2026 a également insisté sur la nécessité de mieux protéger les créations artisanales camerounaises. Les recommandations adressées à l’Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) portent notamment sur la vulgarisation des outils de protection intellectuelle, la promotion des indications géographiques, des marques, brevets et modèles industriels, ainsi que sur un meilleur accompagnement juridique et technique des artisans.
La mise à disposition d’un terrain stratégique pour l’implantation du siège national de l’OAPI, avec la perspective d’y développer un centre de documentation et d’accompagnement consacré à la propriété intellectuelle, figure également parmi les propositions formulées.
Les territoires et les gardiens de la tradition appelés à jouer leur partition
Les Collectivités territoriales décentralisées sont, pour leur part, appelées à développer des vitrines locales, des plateformes numériques, des festivals et des foires artisanales territoriales. La mise en place d’incubateurs territoriaux et de dispositifs de transmission intergénérationnelle doit contribuer à maintenir les savoir-faire tout en favorisant l’émergence d’une nouvelle génération d’artisans entrepreneurs. Les chefferies traditionnelles, dépositaires d’une part essentielle du patrimoine culturel, sont également invitées à renforcer les mécanismes de transmission des savoir-faire entre maîtres artisans et jeunes générations.
Quant aux artisans et entreprises artisanales, ils sont appelés à formaliser leurs activités, à se regrouper, à renforcer leurs compétences en gestion et comptabilité, à investir dans le numérique et à protéger leurs créations.
Un SIARC tourné vers l’Afrique et le monde
Au-delà de la célébration du savoir-faire camerounais, le SIARC 2026 aura surtout démontré que l’artisanat peut être un outil de diplomatie économique et d’intégration africaine. En favorisant la rencontre entre artisans camerounais et étrangers, en créant des opportunités de coopération, en rapprochant producteurs et acheteurs et en ouvrant des perspectives dans le cadre de la ZLECAf, le Salon contribue à inscrire l’artisanat dans les dynamiques contemporaines du commerce africain.
Avec 665 artisans exposants, neuf pays étrangers représentés, plus de 20 000 visiteurs, des dizaines d’activités scientifiques et pratiques et une forte mobilisation institutionnelle, le SIARC 2026 aura incontestablement franchi un nouveau cap.
Un nouveau rendez-vous, une nouvelle ambition
La clôture du Salon, le 5 août 2026, présidée par Bidoung Mkpatt, ministre des Arts et de la Culture, représentant personnel du Premier ministre, a consacré dix jours d’activités placés sous le signe de l’innovation, du patrimoine et de la coopération.
Au moment où les portes du musée national de Yaoundé se sont refermées, une conviction demeure : l’artisanat camerounais n’est plus seulement un patrimoine à préserver ; il est un secteur économique à structurer, à financer, à digitaliser et à projeter sur les marchés africains et internationaux.
Avec le SIARC 2026, le Cameroun a donc posé un jalon supplémentaire dans cette transformation. Le défi désormais est de traduire les recommandations issues du Salon en politiques, programmes et projets concrets afin que l’innovation artisanale se transforme en emplois, revenus, entreprises compétitives, exportations et davantage de rayonnement pour le Made in Cameroon.
Le SIARC 2026 s’achève ainsi, mais son ambition, elle, ne fait que commencer.
Réaction
Magloire Ndassa, Prix CEMAC SIARC 2026
"Je suis heureux d'avoir remporté le prix CEMAC SIARC édition 2026. Mon œuvre est une sculpture en bois d'ébène gris représentant la sainte famille où nous avons le père qui soutient, la mère qui porte l'enfant. C'est une démonstration de la stabilité nécessaire dans une famille inspirée de la sainte famille des saintes écritures. Ce bois d'ébène se trouve sur les rives du fleuve Congo. C'est la deuxième fois que je gagne un prix au Cameroun et j'en suis très fier. Je profite de cette occasion pour remercier le comité d'organisation du SIARC, les membres du jury et les autorités camerounaises pour cette reconnaissance".
Propos recueillis par CN




