Princesse Sika-Beha, poétesse et musicienne camerounaise : «Il n'y a qu'un pas entre la poésie et la musique.» | Crédit photo : La Ronde des poètes du Cameroun-
Princesse Sika-Beha, poétesse et musicienne camerounaise : «Il n'y a qu'un pas entre la poésie et la musique.» | Crédit photo : La Ronde des poètes du Cameroun-

Dans un entretien accordé à Centrifuge Hebdo, la poétesse et musicienne camerounaise Princesse Sika-Beha partage sa vive inclinaison pour l'art et son engagement en faveur de l'épanouissement des enfants.

 

Centrifuge Hebdo : Princesse Sika-Beha, vous avez récemment participé à un événement culturel à Bana, dans le département du Haut-Nkam (Région de l’Ouest). De quoi s’agissait-il exactement ?

Princesse Sika-Beha : L’escapade poétique à Bana, organisée par la Ronde des poètes du Cameroun, était une réaction à une situation donnée. Nous avons en effet constaté que les enfants avaient perdu le goût de la lecture avec l’arrivée des réseaux sociaux. Nous avons donc décidé de nous déplacer pour susciter l’intérêt pour la lecture et la poésie chez les enfants. Et pourquoi pas, créer de nouveaux poètes. La poésie égaie l’esprit et laisse également un message important à l’enfant. Un enfant ne peut rien faire s'il ne sait pas lire. Savoir lire est donc une acquisition fondamentale. Nous nous sommes dit qu’à travers la poésie, l’enfant pouvait apprendre à lire, à réciter et à mémoriser.

 

Quels aspects de l'événement vous ont particulièrement marquée ?

Parmi les aspects qui m’ont marquée, je dois d’abord signaler que la nature a fait de la région de l’Ouest une région poétique : je parle de la chaîne montagneuse, de l’aspect de l’Ouest dans la culture, mais aussi de la chefferie Bana, dont l’entrée présente déjà une physionomie poétique et une architecture qui évoque la poésie. J’ai également remarqué que les enfants de l’école primaire de la région de l’Ouest, surtout à Bana, lisent couramment.

 

A quand la prochaine édition ?

Nous ne savons pas encore ce qu'il en sera pour la prochaine édition. Les poètes sont nombreux. Emile Arsèle Nguetcheu nous a invités à Bana. Avant, c’était Jean-Claude Awono qui nous avait invités dans son village, Guientsing II. De temps en temps, d'autres poètes suscitent l'intérêt de se mettre ensemble pour transformer les enfants de leur localité. Chacun peut se présenter, se préparer et nous inviter. Nous ne savons donc pas encore qui nous invitera pour la prochaine édition.

 

On a coutume de vous présenter comme étant une artiste pluridimensionnelle. Sur quels socles repose cette casquette ?

Concernant la double casquette, comme mes textes poétiques sont rythmés et rimés, ils donnent déjà l'impression d'être de la musique. Il n'y a donc qu'un pas entre la poésie et la musique. Je chante quand j’ai un message à transmettre au grand public. Les gens lisent peu, mais écoutent beaucoup de musique.

 

On retrouve dans votre bibliographie, une multitude d’œuvres littéraires.  Depuis combien de temps écrivez-vous ?

J’ai enseigné pendant de nombreuses années. J’ai commencé à écrire et à faire mémoriser mes textes par mes élèves. C’est lorsque j’ai constaté que j’avais beaucoup de textes que j’ai publié mon premier livre, en 2008. Cela fait donc à peu près 18 ans.

 

Comment êtes-vous arrivée dans le domaine musicale ?

Concernant le domaine musical, je dois avouer que je participe à beaucoup d'associations féminines. Nous y fêtons notamment la fin d'année, le 8 mars, etc. Nous sommes également souvent invités aux mariages de nos enfants. C'est à un mariage où j'étais marraine que m'est venue l'idée de prendre un texte et de le chanter. Je me suis rendue compte que cela avait excité la curiosité de pas mal de gens. J’ai chanté pour le marié, puis j’ai continué à le chanter lors de nombreux mariages. C’était un morceau Assiko, les gens ont approuvé et nous avons tous pris beaucoup de plaisir. C'est à partir de ce moment-là que j'ai commencé à chanter sans arrêt.

 

En tant que membre d’ASARO (Association des artistes de la région de l’Ouest), comment comptez-vous œuvrer pour que la culture camerounaise dans son ensemble rayonne ?

Je pense notamment qu'ASARO pourrait organiser une fois par an un festival itinérant, qui ne rassemblerait pas seulement ses membres, mais aussi de nombreuses autres associations œuvrant dans le même sens. ASARO est constituée de sculpteurs, de peintres, de musiciens, d'écrivains, de cinéastes, etc. Chaque groupe présenterait alors ses œuvres. Les écrivains pourraient par exemple dédicacer leurs œuvres, animer des ateliers de poésie ou des heures de lecture. Les comédiens présenteraient des sketchs et les peintres leurs tableaux. Cela créerait une ambiance permanente entre nous, animerait les associations et permettrait aux enfants de comprendre leur culture, tout en nous poussant à retourner aux sources. Un tel festival pourrait s’organiser une fois par an ou tous les deux ans.

 

Propos recueillis par Guy Bertrand Wonkam

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